<![CDATA[NC]]> http://enib3.dzblog.com NC fr Thu, 12 Jun 2008 16:45:52 GMT Thu, 12 Jun 2008 16:45:52 GMT dzblog.com v0.2 <![CDATA[Aissa Baiod par H.Tahri]]> http://enib3.dzblog.com/article-244751.html Lorsqu'un ancien normalien "Plumé" à "ELWATAN" parle de son ainé.

Aïssa Baïod

Enseignant, éducateur, syndicaliste, journaliste

Marchand d’alphabet, marchand de bonheur

« Il ne faut pas enseigner à l’enfant beaucoup de choses, mais de ne jamais laisser entrer dans son cerveau que des idées justes et claires. Quand il ne saurait rien, peu m’importe, pourvu qu’il ne se trompe pas et je ne mets des vérités dans sa tête que pour le garantir des erreurs qu’il apprendrait à leur place. » J. J. Rousseau

Si Aïssa a été de ceux qui ont fait adopter l’enseignement de la langue arabe dans les années 1950 dans les programmes, malgré l’hostilité de l’occupant. Candidat au titre du PCA, aux élections à l’Assemblée algérienne, Aïssa fut empêché d’assister au déroulement du scrutin. Invité par Baza Hocine à visiter Medjdel, village perdu à 70 km de Bou Saâda, Lacheraf dut faire 45 km de nuit et à pied pour joindre la cité du Bonheur après la panne du car le transportant. Il fit montre d’une volonté à ne pas manquer à ses devoirs pour être à son poste le lundi à 8 h.

Sous ses sourcils broussailleux, des yeux malicieux et un regard profond, le sentiment ancré dans une enfance laborieuse auprès d’une famille de lettrés religieux de Bou Saâda, Aïssa vivra son parcours comme un sacerdoce : son destin sera intimement lié aux classes avec leur estrade et leur tableau noir, mais aussi avec les luttes qui vont avec ! Syndicaliste, enseignant, éducateur, journaliste, Aïssa, à bientôt 90 ans, garde toujours sa verve juvénile. Pour preuve, il active toujours au sein de la Mutuelle des enseignants qu’il a créée en 1969. Il se revendique homme de gauche. Il n’a pas varié d’un iota et ses convictions sont toujours intactes. On peut raconter son itinéraire comme il vient, sans fioritures, mais il n’est pas sûr qu’on rende justice à son riche palmarès. Cet enseignant très comme il faut, très libre, nous invite à suivre les mille péripéties et leurs enchaînements qui ont jalonné son impressionnant cheminement. Il est né en 1919 à Bou Saâda que les colons avaient baptisé cité du Bonheur. Plutôt cliché de carte postale pour ces milliers de laissés-pour-compte qui crevaient la dalle ! Prénommé Aïssa, en souvenir d’un grand-père attentionné et lettré, il perdra son père, Mostefa, alors qu’il n’avait pas bouclé ses deux ans. Son paternel, prêtant secours aux malades atteints de typhus, y laissa lui-même sa vie. C’est son oncle Abderahmane qui succédera à son père en prenant le flambeau de l’imamat. « J’ai suivi le cours élémentaire mixte de l’école Lucien Chablon qu’avait fréquentée Mostefa Lacheraf, très peu avant d’être admis au lycée de Ben Aknoun. Ce cours, équivalant à un CEM actuellement, a été fréquenté également par de nombreux élèves durant les années 1930, comme les futurs instituteurs Bisker Aïssa, El Bouti Mohamed, Abdellatif Tameur, Abdellatif Messaoud et moi-même. Les futurs médersiens Khaled Kahloula, Kadri Abderahmane, Benraâd Abdelkader, Boudiaf Brahim et Boudiaf Mohamed. Ce dernier, camarade de classe, partageait avec moi la même table-banc. Nous sommes en 1939 à Sidi Aïssa, je venais d’être nommé instituteur auxiliaire, au lieu d’aller à l’école normale de Bouzaréah, fermée pour cause de guerre. » L’école normale ? « C’était une vocation et une nécessité. Face à la misère qui sévissait, il fallait soit s’engager dans les tirailleurs ou les spahis et devenir mercenaire, à son corps défendant, ou opter pour l’enseignement, seule filière tolérée pour les indigènes. A l’époque, les épidémies étaient légion et les exodes nombreux. Bref, c’était invivable ! Quand les choses s’apaisaient tout le monde était heureux. »

Un militant infatigable

Au début des années 1930, le mouvement El Islah voyait le jour avec l’avènement de l’association des Oulémas. Il avait ses émules dans cette contrée. A Bou Saâda, comme le note Lacheraf dans son livre Des noms et des lieux : « Ce milieu traditionaliste dans le bon sens, à l’époque où je l’ai fréquenté était riche en hommes de forte personnalité, nourris d’un patrimoine arabe respectable plus ou moins classique et de haute époque, détendus, croyants sans excès de zèle ou de bigoterie, ouverts à la fois sur des valeurs anciennes et des acquis nouveaux, ayant leur franc-parler et portés à des plaisanteries intelligentes. » Jeune, Aïssa se souvient de cette période où la rivalité farouche entre les oulémas et la zaouïa d’El Hamel, au service de l’administration, allait grandissante. « Chez les oulémas, il y avait tout de même des progressistes comme Mohamed Bisker, poète, Amara Abdelkader, Lograda Hadj Zerrouk, Ahmed Djeddou de la lignée des instituteurs, comme Bisker Aïssa, Lograda Aïssa et bien d’autres qui seront à l’avant-garde et à l’origine de la création du Nadi El Islah vers 1934/1935 qui s’étaient évertués à lancer le mouvement culturel axé sur le modernisme. La zaouïa, qui avait joué au départ un rôle positif en animant la révolte des hommes du Hodna Ouled Naïl, Ouled Sidi Brahim, Ouled Madhi, avec la venue aux portes de Bou Saâda d’El Mokrani en 1863, s’est par la suite ralliée à l’administration coloniale. » A 17 ans, Aïssa prend conscience de la situation des siens. « Ce que je constatais ? L’opulence d’un côté, la misère de l’autre. J’ai vite pris mon parti étant ouvert sur le progrès et contre toutes les injustices. Et puis, il y a eu le Front populaire, vainqueur des élections en 1936 qui nous a ouvert les yeux. »

Mutation à Agouni Gueghrane

Les affres de la guerre, déclenchée en 1939, il les connaîtra par la suite. « L’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, je l’entendis à la radio, chez Mme Sarra, directrice de l’école de Sidi Aïssa, le matin du 19 juin. Je quittais ainsi Sidi Aïssa pour Bou Saâda, sans directives ni informations. En septembre, reprise des études à Bouzaréah, où l’école était rouverte. » Deux années après, à la fin des études, Aïssa est nommé directeur d’école à Agouni Gueghrane près des Ouadhias, en Kabylie. Le service militaire l’appela en février 1943. « Je fis la guerre en partie en Algérie (El Biar, Dély Ibrahim), au Maroc (Casablanca). Le départ pour l’Europe s’est fait à Mers El Kebir et l’arrivée à Marseille, après trois jours en mer. En Alsace, nous avons séjourné en pleine nature, par moins 27 degrés qui firent geler mes pieds. Evacué sanitaire, je n’ai pas dormi pendant 12 jours, malgré les somnifères. Soigné à Besançon, j’ai évité par une volonté et un acharnement personnels l’amputation des orteils gangrenés. De retour à Alger après la convalescence, je fus démobilisé à El Harrach, le 15 août 1945. » Aïssa reprend son poste à Agouni Gueghrane, où un différend l’oppose à la commune mixte de Fort National au sujet des travaux urgents de réparation des locaux scolaires dégradés par un fort coup de vent. « Comme l’administration ne voulait rien entendre, j’ai organisé une touiza au village et on a réglé le problème. » Le 30 juin, Aïssa quitte la Kabylie pour Bou Saâda, où il assume la fonction d’instituteur. Son aventure syndicale commence avec la CGT, en représentant les instituteurs et en conseillant les fellahs. Il adhère au Parti communiste algérien en 1947, avec à l’époque Amar Ouzegane, Larbi Bouhali, Bachir Hadj Ali… Il est correspondant d’Alger Républicain et de Liberté, organe du PCA. Il a dénoncé la torture pratiquée par les gendarmes de Bou Saâda dans l’édition du 23 janvier 1948 avec comme titre à la une « Ligoté à un poteau, arrosé de 30 bidons d’eau glacée, un élu de Aïn Rich est torturé à mort. » Le mois d’après lors de sa visite officielle à Bou Saâda, « je demandais audience au préfet d’Alger, exigeant une enquête approfondie et des sanctions, moi ancien combattant blessé de guerre contre le nazisme. » Le 1er novembre 1954 le surprend à Alger, où il venait d’assister à un conseil syndical. « Henri Alleg, directeur d’Alger Républicain me demanda d’accompagner Abdelhamid Benzine et Zanehaci, journalistes, en Kabylie. Ce que j’ai fait. Arrivés sur place, on a appris la mise sous couvre-feu de toute la Kabylie. » Après la grève de l’hiver 1957, il est expulsé de Bou Saâda et interdit de séjour dans toute la région. « J’ai atterri à Alger. La commission municipale et policière avait exigé ma révocation, mais l’Académie n’a pas marché dans la combine car il n’y avait aucun argument contre moi. » Aïssa est nommé à Ben Aknoun de 1958 à 1961 en qualité d’instituteur. Il est ensuite muté à Hussein Dey en 1961. Il y restera jusqu’en 1971 en tant que directeur du collège de la cité Amirouche. En 1971, et en reconnaissance à l’Emir Khaled qui séjourna à Bou Saâda en 1924, il baptisera le collège qu’il dirigera à Kouba, jusqu’en 1986, du nom de l’illustre résistant. A Kouba, il poursuivra sa mission avec la même vigueur aux côtés d’autres anciens routiers de la profession qui formeront des générations comme les Attar, Tahri, Sayad, Mme Djaffar, etc. Il gardera le contact avec son ami Lacheraf, avec lequel il aura beaucoup de discussions. Il est d’accord avec son ancien camarade à propos de Dinet, figure emblématique de Bou Saâda « qui eut le mérite, grâce à ses démarches et relations, de faire changer le régime d’administration dans cette ville. L’homme Dinet était plus grand que le peintre Dinet, qui fut cet esprit passionné de justice et de vérité. De la religion musulmane, il avait une très haute idée à cause de sa dimension universelle ».

Les anciens élèves reconnaissants

Ses anciens élèves ne tarissent pas d’éloges sur les qualités humaines et professionnelles de Baïod. Kadri Aïssa, professeur de sociologie à Paris, y voit « un être exceptionnel », alors que Cherif Kheiredine, ancien wali, ne trouve pas les mots assez forts pour qualifier cet homme. « M. Baïod a été et reste pour moi un modèle de rectitude morale, de profonde conviction tant sa vie d’éducateur, ayant formé plusieurs générations dans des conditions difficiles, reste jusqu’à aujourd’hui active, désintéressée et vouée à l’intérêt général. Il inspire le respect de ceux qui l’ont connu. Inutile de revenir sur la grandeur de l’être, motivé et fidèle aux nobles valeurs humaines qui n’ont pas été érodées par les vicissitudes du temps. » Lorsqu’on l’interroge sur son bilan, Aïssa le trouve très satisfaisant. « Pour la bonne raison que j’ai participé à l’éveil et à la formation d’une bonne partie de la jeunesse autour de moi, qui s’est affranchie de certaines habitudes de suivisme. » M. Baïod a son mot à dire sur les réformes de l’éducation. « Nous n’avons pas encore la liberté totale d’expression pour pouvoir parler de la place de l’enseignant dans la société, celle qu’il mérite et celle dans laquelle il se débat. » Et de citer des exemples concrets. « Dans l’ordonnance d’avril 1964 relative à la réforme, il était question d’école fondamentale polytechnique. Dans l’application, on a enlevé polytechnique. Plus près de nous quid de la réforme Benzaghou ? On ne l’a même pas testée. On n’a pas fait d’évaluation. De même qu’on ne demande pas de comptes à ceux qui décident et qui échouent. » Il dira sa colère à l’encontre « de ceux qui ne veulent pas avancer ». On les appelait les réactionnaires. Aïssa était militant de l’UGTA jusqu’en 1969. Il s’est même séparé de la Munatec qu’il a créée et dirigée, parce que des gens malintentionnés l’ont prise d’assaut avec tous les scandales qui s’en sont suivis. L’école sinistrée ? Il en a longuement discuté aux côtés de Benzine avec son ami Mohamed Boudiaf. « Nous avions un projet. Nous devions le revoir après sa visite à Annaba, mais la réunion n’eut pas lieu et pour cause ! » Plus terre à terre, il nous fera comprendre que parfois ce sont les esprits qui sont sinistrés. « Vous voyez cet établissement, c’est moi qui l’ai ouvert en 1971. Nous avions des espaces pour des stades afin que les élèves puissent y faire du sport. Ils ont été squattés par la municipalité RND de l’époque pour des constructions individuelles. Et après on vient se lamenter quand notre sport bat de l’aile. Notez bien qu’à l’époque, malgré nos protestations, personne n’a levé le petit doigt. » « L’école sinistrée, c’est aussi ça », regrette-t-il, amer.

Parcours

Aïssa Baïod est né en 1919 à Bou Saâda. Il a perdu son père, alors qu’il n’avait que 23 mois. Ecole coranique et complémentaire dans sa ville natale, puis l’école normale. Instituteur, nommé à Sidi Aïssa puis dans les Ouadhias en Kabylie. Syndicaliste, il a été l’un des premiers à être élu au congrès d’Oran dans les années 1960. En 1947, il adhère au PCA et devient correspondant de Liberté, l’organe du Parti. Ses amis : Mostefa Lacheraf et surtout Mohamed Boudiaf qui a fait les mêmes classes que lui à Bou Saâda. Homme de convictions et de cœur, Aïssa a toujours défendu les faibles et les sans-grades. Toute sa vie a été consacrée aux luttes contre les oppressions et les injustices. Il a fondé la Maatec et la Munatec en 1964. D’ailleurs, il continue toujours d’activer au sein de la première, à près de 90 ans. Aïssa a pris sa retraite de l’enseignement en 1986.

Par Hamid Tahri

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Thu, 12 Jun 2008 16:45:52 GMT http://enib3.dzblog.com/article-244751.html
CONTRIBUTION de Rachid SAIDJ http://enib3.dzblog.com/article-242476.html

Email : saidjrachid@yahoo.fr
Rachid nous transmet les messages suivants et rend hommage à

Kadda BOUTARENE


cher ami,
voici pour toi un lien sur la guerre d'Algérie :http://masterweb.free.fr
et un autre qui est en rapport avec l'école normale : http://remylaven.free.fr/enib.html
dont le texte m'a laissé pensif et à m'interroger de ce que fut l'ENIB pour les "indigènes" nos aînés qui sont en voie de disparition.
Lit le texte et éclaire ma lanterne.
Je crois qu'il faut créer le plus tôt possible l'association des anciens normaliens.

cher ami bonjour,
Afin de réitérer les interventions de :
M. Abelhamid MEHRI (ancien Directeur de l’Ecole Normale d’Instituteurs de la Bouzaréa) et de  M. Aissa BAYOUDH (ancien normalien des années 30)
Au cours du colloque consacré à « L’école normale entre le passé et le présent » Sur :
- Le recrutement au concours d’entrée à l’école normale,
- la vie de normalien,
- la ségrégation de l’administration vis-à-vis des normaliens appelés à enseigner dans les écoles indigènes et ceux destinés aux écoles fréquentées par les européens ;
- en sus des témoignages de notre doyen monsieur MB DJEBBARI que je salue chaleureusement et à qui je souhaite longue vie,
- et en hommage à. Monsieur Kadda BOUTARENE (écrivain et ancien normalien des années vingt) dont le livre s'intitule :
KADDOUR(2)
Un adolescent algérien à la veille du centenaire de l’occupation coloniale. (Itinéraire rempli d’anecdotes, de faits et de propos saillants rapportés par un adolescent des années vingt du vingtième siècle).
Edition ENAL Alger 1986, dont je t'envoie en pièce jointe des extraits de texte de son roman biographique.
Bonne réception. 


HOMMAGE à Kadda BOUTARENE

KADDOUR(2)

 

Un adolescent algérien à la veille du centenaire de l’occupation coloniale.

(Itinéraire rempli d’anecdotes, de faits et de propos saillants rapportés par un adolescent des années vingt du vingtième siècle).

Edition ENAL Alger 1986

N.B. : les notes en italique ne sont pas de l’auteur mais du rapporteur pour la compréhension du texte.

((Après des études primaires à El Bayadh (ex Géryville) sa ville natale et des études au Cours Complémentaire  de la ville de Mascara Kaddour, orphelin de père, doit affronter les épreuves du concours d’entrée à l’Ecole Normale.))

Page 38 :

         Le hasard, maître de bien des choses, avait voulu qu’au cours de l’année pendant laquelle Kaddour devait affronter le concours d’entrée à l’école normale, on instituât une nouvelle réglementation en la matière. Jusqu’à ce jour les « Indigènes » se présentaient au « Cours Normal » dont les épreuves se limitaient au français et aux maths. A ce régime le jeune homme du fait de ses dispositions, se serait trouvé beaucoup plus près de l’échec que du succès et il aurait peut-être mordu la poussière. Avec la nouvelle formule, les candidats, sans distinction d’origine ou de confession à égalités de chances se mesuraient lors des examens. Ces dispositions augmentaient les chances de succès du pauvre orphelin.

Le grand jour arriva. Les élèves convoqués au centre d’Oran pour composer étaient accompagnés qui de son père qui de sa mère, qui de son maître. Kaddour était seul et il avait le cœur gros…

Page 40 :

Les moments qui précédèrent le verdict, il les vécut sur la braise. En ces heures fatidiques se jouait son avenir. Il en avait pleine conscience et y faisait face sans pessimisme ni optimisme béat. Lancinantes furent les ultimes minutes. Les cœurs battaient fort et le sentiment de peur culminait. On supputait les chances des uns et des autres. On en était là lorsque apparut sur le perron de l’établissement un Monsieur vêtu de gris sombre, d’une sobre élégance et le visage austère, le Directeur de l’école normale, section indigène. Il tenait une feuille à la main. Aussitôt s’établit un grand silence et tous les regards se braquèrent sur lui.

Il donna lecture de quatre noms, celui de Kaddour y figurait. (Sont déclarés admissibles dit-il : Tel, Tel, Tel, Tel). Puis il se tut. On croyait qu’il s’agissait d’une pause. On attendait une suite ; il n’y en eut point…

Avant de se retirer, le Directeur avait ajouté : (Les candidats admissibles sont invités à se présenter, à quinze heures à l’école X pour y subir les épreuves orales.)…

Page 41 :

L’oral ne devait pas être une simple formalité, notre candidat avait pâli en Math pour arracher difficilement la moyenne. Au modeste 10/20 en cette matière il devait par contre opposer un magistral 19/20 en Histoire et Géographie

Au résultat final, on eut à déplorer l’échec du quatrième admissible. Il ne restait donc que trois héros, trois rescapés, devrait-on dire, pour représenter la population « indigène » du Département d’Oran, soit le tiers de la superficie du pays. Onze admis au total pour toute l’Algérie…

Page 57 :

CHAPITRE  III L’ECOLE NORMALE DALGER-BOUZAREA

 

((Après une description de l’école normale, de ses dortoirs et dépendances des études et toutes les formalités d’usage à remplir ;  une nouvelle vie de normalien commençait))…

Pages60 et 61 :

Au bout d’une semaine, l’économe Mr. B. réunit les onze élèves-maîtres indigènes nouvellement débarqués et qu’il appelait chacun par son nom, déjà ! Du jour au lendemain il identifiait tout le monde et ne se trompait jamais. Il devait les menait chez « Dukan »tailleur installé rue Bab El Oued pour les doter d’un trousseau, vrai de vrai, avec des jeux de six chemises de jour, six de nuit, douze paires de chaussettes, douze mouchoirs. On prit leurs mesures pour la confection de deux complets chacun, l’un pour l’intérieur, l’autre pour les sorties. Deux paires de chaussures pour chacun complétaient leur garde robe.

En remontant à Bouzaréah, ils débordaient de joie mais ils devaient déchanter quelques jours après quand ils se rendirent compte que les tissus choisis à leur intention ne différaient guère de ceux portés par de vulgaires « troufions ». Les chemises étaient en toile jaune pâle écrue. Pis que cela, les vestes à forme de vareuse militaire les jetèrent dans la consternation après leurs brefs moments d’euphorie. Ils ne pouvaient pas prétendre, par conséquent, porter des cravates aux couleurs voyantes comme leurs camarades européens dont les vestons comportaient des revers. C’était un premier indice spécial qui les marquait au sein de l’école et tout distinguo leur faisait horreur. Ajouté à d’autres sujets de discrimination ils allaient hélas en pâtir pendant de longues années encore.

Le comble fut atteint avec le port obligatoire, en guise de tablier, de casaques en tissus gris-fer qui ne dépassaient pas le genou alors que leurs camarades européens arboraient, de beaux sarraux en lustrine noire.

Cet accoutrement bizarre les éloignait considérablement de la qualité d’étudiants. On les aurait pris, à la rigueur, pour des palefreniers ou encore pour des internés avec leurs camisoles car, à l’époque sur les cartes de la région, l’école normale d’instituteurs figurait sous le nom d’asile d’aliénés…

Page 62 :

Kaddour était l’un des plus affectés par ces mesures spéciales prises à leur encontre. Non seulement elles étaient profondément injustes mais elles témoignaient surtout d’un certain mépris à l’égard des Indigènes, ce qui allait accentuer sa propension à la contestation.

Bien qu’ayant subi, au concours d’entrée les mêmes épreuves que leurs condisciples européens, ce qui devait leur assurer la parité en tout et pour tout, ils allaient connaître d’autres actes de ségrégation criante et qui paraissait tout à fait naturelle aux yeux des autorités administratives.

L’école comportait une « section française » et une « section indigène » lesquelles disposaient de dortoirs et de réfectoires séparés. Si dans ces derniers la séparation pouvait être admise à cause de la consommation de la viande de porc et du vin, dans les dortoirs, par contre, elle perdait toute signification.

            Qu’est ce à dire ?

Les indigènes traînaient-ils des affections contagieuses ? Etaient-ils affligés de vices, susceptibles de contaminer la santé morale de leurs collègues ? Craignait-on de les voir s’emparer des qualités des Européens et leur communiquer leurs tares ? Il fallait le croire...

Page 63 :

Les élèves-maîtres indigènes, tout au moins ceux de la promotion nouvelle suivaient les mêmes exercices et leçons en classe et fréquentaient les mêmes cours de récréation que leurs camarades européens mais les lois d’une affinité orientée commandaient leurs rapports ; ils se supportaient mutuellement, sans plus. Rarement on les voyait partager le même pupitre, par exemple, ou jouer ensemble même lorsque, le temps aidant, tombèrent les préventions importées de leurs milieux respectifs et qui pouvaient, à la rigueur, justifier ce clivage…

Pages 64 et 65 :

Comparée aux promotions indigènes précédentes, celle de Kaddour avait de quoi tirer vanité. Les anciens vivaient littéralement en marge de la société au sein de l’établissement, presque en parias. Rudimentaire était leur genre de vie, limités étaient leurs besoins. Même leurs enseignants n’étaient pas de véritables professeurs d’école normale. Aussi, pour leur dispenser une formation au rabais, se bornait-on à faire appel aux meilleurs maîtres de l’enseignement primaire. On les élevait en vase clos selon des normes rigides. Et c’est pourquoi, à leur sortie du « cours normal » ils constituaient une caste spéciale, ce type d’instituteur indigène reconnaissable à son col raide en celluloïd, à son pantalon bouffant et détectable également à sa façon de penser et d’agir.

Cassés, modelés pour accepter une situation diminuée, certains d’entre eux en paraissaient satisfaits. Pas tous, fort heureusement. De brillantes exceptions échappèrent à l’engrenage. A force de volonté ils étaient arrivés à se dépouiller de ce complexe d’infériorité qu’on leur avait insidieusement inculqué et qui engendrait une telle docilité.

Parlant des années de séjour à Bouzaréa et pour tempérer les critiques acerbes, articulées à leur encontre par Kaddour, un ancien parmi les résignés devait lui déclarer un jour :

« Attention ! ne les sous-estimez pas. Ce sont là les trois meilleures années de la vie ». Il visait celles passées à l’école normale.

Ce à quoi devait vivement rétorquer le jeune interlocuteur :

- Mais vous me tenez là, Monsieur, des propos de miséreux affamés. On y trouve certes de quoi assouvir sa faim ; satisfaire d’impérieux besoins matériels ; mais on ne vit pas exclusivement pour manger et pour boire. Et les autres aspects de l’existence, qu’en faites-vous ? Pourquoi brise-t-on nos ressorts ? Pourquoi  nous enferme-t-on dans ce ghetto intellectuel ? Pourquoi ne nous autorise-t-on pas à nous déployer selon nos facultés naturelles et à nous épanouir ?

- Il faut savoir accepter certains désagréments et composer avec les contingences, mon ami.

- Avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi de ne pas vous suivre dans votre logique. Je ne dispose pas de votre sagesse ».

Et le dialogue improvisé marqué par les réflexions exaltées de Kaddour, devait se terminer par cette note ironique.

Pages 66 et 67 :

A la décharge des anciennes promotions, il faut bien convenir que pour la plupart d’entre les élèves-mètres indigènes, la recherche du manger et du boire était aussi pressante que la quête du savoir, sinon davantage et justifiait dans une bonne mesure toutes ces capitulations.

Ainsi pensaient les « Jeunes Turcs » nouvellement admis à l’école normale. Ils refusaient ce régime spécial infligé à leurs prédécesseurs. Ils regimbaient ; ils s’indignaient de la soumission aveugle dont faisaient preuve leurs aînés et ne voulaient à aucun prix endosser les séquelles qui en résultaient.

Cette espèce de relégation déguisée leur pesait souverainement pour tout dire et, à quelques exceptions près, le désir d’être comme tout le monde les dévorait. Cette prétention, frappée au coin du bon sens ne devait donc surprendre personne et pourtant…

Les camarades français admettaient difficilement cette pseudo-parité. Ils tempêtaient contre les textes qui émancipaient in considérablement des « nativs ». Le regard chargé de mépris de quelques-uns d’entre eux le faisait assez sentir aux intrus qu’étaient les Indigènes. De cette sourde hostilité naissaient des accrochages. Enfantins par moment, ils prenaient quelquefois un caractère violent.

C’est ainsi que Kaddour, d’un revers de la main, fendit un jour la lèvre lippe du nommé T. qui avait osé le traiter de « bicot ». Tel un arc, le bras de l’outragé se détendit pour s’abattre sur le visage de l’impudent insulteur. Le sang jaillit abondamment, au point de maculer les vêtements des antagonistes. Il faut ajouter que si la réaction fut si vive, c’est qu’elle était accentuée, inconsciemment, par un sentiment de jalousie, car T. était très fort en maths. Une manière comme une autre de se défouler.

Le délit consommé et la preuve flagrante établie, son auteur ne pouvait aucunement se disculper. D’ailleurs il ne chercha point à nier ses responsabilités. Ce qui lui valut une réputation fixée pour le reste du temps à passer dans la « boite ». il devait, par la suite, porter sans complexe le qualificatif de « sauvage ». Mieux vaut être craint que méprisé, disait-il, à ceux qui lui reprochaient sa violence, même si cette violence ne se manifestait qu’à bon escient.

Le conseil de discipline se réunit pour statuer sur l’incident. La sanction prévue allait du renvoi de l’établissement, pour une semaine, à la privation de sortie, les dimanches, durant un mois. On lui aurait certainement infligé la peine maximum s’il ne venait du bout du monde, d’El Bayadh (ex-Géryville). L’embarras du jury de l’école, suscité par ce détail et la grosse responsabilité encourue par le Directeur de l’école, en cas d’éviction de l’enfant, firent bénéficier ce dernier des circonstances atténuantes. Il écopa d’un mois de retenue. A l’annonce de la sanction, Kaddour haussa les épaules en souriant et dit : « Pour une claque bien appliquée à la face d’un adversaire arrogant, c’est pas cher payé. Cela me era fiare des économies ; j’en ai besoin ». Sur quoi, la parenthèse se ferma…

A l’école normale, à cette époque, on faisait de la préparation militaire supérieure : P.M.S. Les élèves-maîtres français qui le désiraient suivaient des cours dispensaient par des officiers. Cette formation, moyennant un examen de pure forme permettait aux intéressés d’effectuer leur temps légal à la caserne avec le grade d’aspirant…

Eh bien, cette option était formellement interdite aux élèves-maîtres musulmans soumis pourtant à la conscription, simplement parce qu’ils étaient indigènes. Imaginez ce que cette situation aurait engendré si, par hasard, un jour l’officier T. devait rencontrer le bidasse Kaddour…

En musique, les indigènes devaient s’en tenir à de superficiels cours de théorie et à quelques rudiments de solfège. A cause, semblait-il, de leurs vilaines voix et surtout, en vertu de paramètres établis en haut lieu par de beaux esprits et dont les exécutants, à la base, accentuaient l’inspiration raciste. Aussi étaient-ils exclus des chorales. Les y faire participer eut été leur donner du caviar à manger. Pourtant Kaddour chantait juste ; il avait de l’oreille et quelques uns de ses camarades logeaient à la même enseigne…

Page 74 :

Encore un détail sur la vie intérieure de l’école. Puéril en soi, il n’en contribuait pas moins à augmenter les ressentiments. Les élèves-maîtres indigènes n’avaient pas le droit au « cahier de conneries ». On appelait ainsi un répertoire que se transmettaient de génération en génération ces futures éducateurs pour être recopié, complété et conservé, comme souvenir de la « boite ». De ce recueil de bons mots, de drôleries, d’humour, souvent les Professeurs et l’Administration de l’école faisaient les frais. Ils touchaient à la vie quotidienne et les auteurs n’étaient autres que les élèves-maîtres eux-mêmes. Une commission sélectionnait ces traits d’esprit. Les indigènes ne pouvaient pas prendre connaissance de ce recueil et encore moins participer à son enrichissement. Tout se passait comme si on les estimait incapables de malice, de facéties et insensibles aux subtilités de l’humour. Ce parti-pris vexant excitait l’envie et la hargne féroce de la promotion des « Jeunes Turcs », des contestataires. Aussi, devaient-ils, par réaction porter leur participation à ce « cahier de conneries » au niveau des choses sérieuses et l’insérer en tête de leur liste de revendications.

Les Indigènes vivaient donc sous le régime de la discrimination raciale. Elle portait certes, quelquefois sur des enfantillages. Ils comptaient, cependant ces enfantillages,dans l’esprit des jeunes gens, laissaient des traces et les confirmaient dans la conviction que l’Indigène était considéré comme un être de seconde zone. On leur contestait par exemple jusqu’à l’illusion de vivre une idylle avec une jeune fille française.

Heureusement que ces préventions n’influençaient pas les professeurs. Dans l’ensemble ils paraissaient ne pas en avoir et faisaient preuve d’objectivité, étant entendu cependant qu’ils agissaient dans le cadre de règlements eux-mêmes viciés, faussés par des considérations racistes…

Page 76 :

Le Directeur de la « section indigène » L. prenait séparément les nouvelles recrues pour l’enseignement de la psychologie non en vertu de la satané ségrégation que les élèves redoutaient comme la gale mais en raison de l’existence de ce qu’on appelait : l’enseignement des Indigènes, lequel réclamait des méthodes spéciales valables également pour les cours de pédagogie.

Page 109 :

CHAPITRE V - LES VACANCES

 

Aux vacances de Noël et de Pâques, l’Ecole Normale se vidait de ses pensionnaires. Ils rejoignaient leurs familles respectives. Seuls demeuraient sur place les Sectionnaires (On appelait ainsi les membres du personnel enseignant de France qui après une année de stage à Bouzaréa étaient appelés à faire carrière en Algérie dans « l’enseignement des Indigènes ») originaires de France et quelques élèves musulmans impécunieux dont Kaddour qui était certainement l’un des plus pauvres.

Pendant ce pseudo congé ces espèces de relégués remplissaient leur temps comme ils pouvaient. L’occasion et les caprices leurs servaient de guide....

Aux plaisirs de la lecture qui accaparait une bonne partie de leurs loisirs, s’ajoutaient d’autres qui n’avaient rien ni la même nature ni la même qualité. A leur tête se plaçait la visite de fond en comble de l’établissement et la découverte de choses qui excitaient singulièrement leur curiosité……

Page 111 :

Leurs investigations  ~  le désoeuvrement aidant  ~  les menaient à la bibliothèque, aux laboratoires, à la salle de gymnastique et en d’autres lieux qui avaient chacun des caractéristiques à découvrir…..

Les campagnes de reconnaissance entreprises n’épargnaient pas l’économat où les chiffres leurs donnaient une idée sur la manière dont la boîte était gérée. Les bureaux directoriaux eux-mêmes n’échappaient pas à ces incursions. Une visite à celui du Directeur de la « Section indigène », leur fit découvrir, un jour, les dossiers des élèves-maîtres, avec les appréciations de fin d’études portés sur eux par leurs professeurs.

Pages 112 et 113

Du coup donc, ils prenaient connaissance de ce qu’on pensait de chacun d’eux… 

Kaddour n’avait nullement été surpris de trouver sous la plume de T. professeur d’agriculture l’annotation suivante : « Mauvais élève ». Elle était largement compensée par les appréciations des autres, de celle, en particulier de B. professeur de français. Elle devait le gonfler d’orgueil parce qu’elle portait la mention : « n’a pas perdu son temps »…

Dans le courant de l’année scolaire, Sectionnaires et Elèves-maîtres indigènes suivaient les mêmes cours de pédagogie parce que les un et les autres, grâce à la méthode directe, devaient enseigner le français à des enfants dont la langue maternelle était l’arabe. Cela justifiait l’existence de « l’Enseignement des Indigènes » parallèle à « l’Enseignement des Européens », ce dernier étant destiné à l’école française classique.

Mais ce n’était pas exclusivement le souci de spécialiser des maîtres chargés d’apprendre à parler français à des petits musulmans qui guidait les fondateurs dudit Enseignement. Il s’agissait d’une question de programmes. Ces derniers, à la mesure de l’intelligence algérienne, ne comportaient que les rudiments indispensables pour former de « bons auxiliaires » comme le prescrivaient expressément les instructions ministérielles. Ajoutez à cela le fait que le recrutement des maîtres aptes à l’exercice de ce métier se faisait sans discernement.

On y admettait des élèves-maîtres frais émoulus des écoles normales et même des instituteurs issus, les uns et les autres des établissements de France. Attirés probablement par le soleil, l’aventure, le folklore et aussi les multiples avantages attachés à la fonction, ils demandaient à se reconvertir et faire carrière en Algérie. La plupart du temps c’étaient de bons éléments honnêtes, qualifiés et convaincus de l’utilité de leur mission. Jusque là rrien que de très normal mais… on recrutait du personnel « pied-noirs ». C’eût été un demi-mal encore si on opérait un choix judicieux parmi les nombreuses candidatures qui  se manifestaient. Mais non ! L’école d’Indigènes devenait un fourre-tout. Pour obtenir un emploi il suffisait, malheureusement pour l’enseignement, de présenter à l’appui de la demande un vague diplôme de Brevet élémentaire. Parmi les élus on trouvait des chômeurs, des curieux, des fantaisistes, d’anciens engagés de l’armée française, des aventuriers de tous genres qui avaient « traîné leur bosse » un peu partout et échoué. Fruits secs, ils se découvraient subitement la vocation de pédagogue.

Page 114 :

A sa sortie de l’école normale de Bouzaréah, après une année de stage le sectionnaire occupait automatiquement et au moins le poste de Directeur d’une école à deux classes dont une devait échoir à l’adjoint indigène. Quand le Directeur était marié, l’école revenait de plano, au couple. L’épouse répondait rarement aux critères exigés. Souvent le certificat d’études primaires ou un prétendu niveau du Brevet élémentaire lui assuraient la place. Quant à ceux que la responsabilité directoriale n’attirait pas, un poste dans un grand centre d’Algérie leur permettait de couler des jours heureux.

Le traitement du Sectionnaire sortant comportait la majoration qu’on appelait le « tiers colonial ». Explicable, acceptable pour le personnel venu d’outre Méditerranée, il ne se justifiait, à aucun titre, pour celui originaire d’Algérie. Et comme par hasard, l’indigène n’en bénéficiait point.

Lorsque les instituteurs d’origine indigène sortaient du Cours normal, munis du simple Brevet élémentaire, ils acceptaient peu ou prou de jouer le rôle de second sous l’autorité du sectionnaire, mais cette situation devait amener les jeunes générations pourvues du Brevet supérieur à se colleter avec le Directeur. Très souvent, on mettait fin au différend en mutant l’adjoint à un autre poste…

Un petit clic
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la deuxième partie


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Wed, 28 May 2008 14:44:00 GMT http://enib3.dzblog.com/article-242476.html
CONTRIBUTION de Rachid SAIDJ (2°Partie) http://enib3.dzblog.com/article-242343.html

HOMMAGE à Kadda BOUTARENE (Suite)


Page 207 :

CHAPITRE IX - L’OPTION

 

La dernière année passée à l’école normale fut, pour Kaddour, non seulement l’année des épreuves de fin d’études, mais aussi et surtout celle d’un examen de conscience approfondi. Il ne pouvait être question, au cours de ses cogitations, du choix d’une profession comme on aurait pu l’imaginer. Les dès ayant été jetés, celle-ci découlait de son entrée même dans cet établissement d’enseignement. Sa réflexion se rapportait à un sujet infiniment plus important ; elle portait en effet sur ce qui serait sa vie extra-professionnelle, autrement dit son devenir en tant qu’homme.

C’était l’époque où les ondes de choc provoquées par la loi du 4 Février 1919 percutaient les rives sud de la Méditerranée.

Page 208 :

Décriée, contesté parce que timide et inefficace, pour les uns ; libérale et trop hardie, pour les autres cette loi se traduisait, grosso modo, par trois mesures essentielles : Primo, l’augmentation des sièges des élus musulmans qu sein des conseils municipaux et généraux ; un os à ronger. Secundo, le droit à la naturalisation individuelle, autrement dit, l’abandon du statut personnel, c’est-à-dire l’apostasie ; un plat empoisonné. Tertio, la suppression de l’immigration des ouvriers algériens en France, ce qui voulait dire le maintien dans le pays d’une main-d’œuvre à bon marché ; un magnifique cadeau offert sur un plateau d’argent, à titre de compensation, à Messieurs les Colons…

Dans l’application de cette loi, ce qui apparaissait être une fin en soi pour les inconditionnels indigènes, ne représentait pour les contestataires qu’un simple moyen d’agir pour atteindre l’objectif visé…

Page 211 :

A l’école normale les échos de ces empoignades parvenaient, tant bien que mal, malgré le black-out et l’interdiction formelle d’y faire de la politique.

Trois courants de pensée se partageaient alors les rangs des élèves-maîtres indigènes. Le premier groupait les « sans opinion », le marais, comme on disait. Leur coupable indifférence en faisait des soutiens sans le vouloir de la loi incriminée.

Le deuxième courant comprenait les tièdes. Ces victimes des théories de Darwin et du matérialisme historique ne s’embarrassaient pas de convictions religieuses. A leurs yeux, le combat politique engagé et inspiré par la morale islamique faisait fausse route. La religion est une affaire individuelle, pensaient-ils. Ecartons-là, car elle complique les données du problème. Laissons au débat ses dimensions et sa sérénité et gardons-nous de faire les Don Quichotte. Respectons les étapes d’une saine évolution. La loi est perfectible ; essayons d’en améliorer le contenu mais sagement, sans passion ni fracas…

Page 214 :

Le troisième courant d’opinion des élèves-maîtres indigènes, le plus radical auquel appartenait Kaddour réagissait vivement, condamnait un laxisme qui ne disait pas son nom et repoussait du pied des accommodements chers aux opportunistes de tous bords. D’accord pour l’instruction, estimaient ses membres, mais non pour toutes les éthiques qu’elle pouvait drainer et, singulièrement celles qui faisaient pièce aux croyances et à la personnalité de tout un peuple. Aussi s’étaient-ils jurés, une fois entrés dans la carrière, d’user de tous les moyens pour saborder cette pernicieuse entreprise de dépersonnalisation.

Ces intégristes, avant la lettre, se rangeaient autour de la bannière de l’Emir Khaled, digne rejeton de l’Emir Abdelkader don la carrure politique les fascinait.

On savait de lui qu’il avait contracté un engagement volontaire dans l’armée française, pour la durée de la Guerre 1914-18 et qu’il était passé par l’école de Saint-Cyr…

On savait également, qu’à la fin du stage dans l’établissement militaire, il avait refusé le grade de Sous-Lieutenant à titre français. Aux propositions séduisantes qui lui avaient été faites à ce sujet il devait répondre fièrement :

« Je suis un arabe et veux le rester, sans jamais rien abandonner de mes prétentions »…

En retraite depuis 1920, il devait se jeter, à corps perdu, dans la lutte pour le relèvement de ses coreligionnaires….

Les retombées de ces propos qui parvenaient à l’école normale, malgré les barrages administratifs, échauffaient ses partisans, incitaient à la réflexion et aidaient, peut-être à l’éclosion de quelques vocations…

Page 216 :

Ces graves questions expliquaient les moments de grande concentration du jeune homme. Le combat mené par l’Emir apparaissait comme un véritable appel du pied à la jeunesse, il ne pouvait le laisser indifférent. Comment ne pas ressentir les effets du souffle puissant émanant de ce pionnier, ce Sahabi moderne ? L’humeur combative de Kaddour trouvait, dès lors, un excellent champ d’activité et justifiait une adhésion chaleureuse au clan des irrédentistes…

Page 219 :

Les mini conjurés de l’école normale plaçaient la lecture des journaux avant leurs préoccupations scolaires. Les cours en pâtissaient mais le jeu en valait  la chandelle. L’oreille tendue, ils étaient à l’affût du moindre évènement politique. L’un d’eux fut promu au rang de « Ministre ». Sa principale prérogative résidait dans le breafing quotidien, pour le commentaire des faits d’actualité et surtout pour le décryptage des paroles et des écrits de l’Emir à l’étoile duquel ils faisaient une confiance sans limite. De temps à autre fusait, en effet de sa bouche une phrase qui faisait mouche, par exemple : « Le drapeau français ? Pouah ! Voilà pour lui »…

Pages 220 et 221 :

Un jour viendra immanquablement où le plan établi ayant réussi, les colons cesseront de régenter le pays. Un jour viendra, alors, qui exigera des Français « de se soumettre ou de se démettre ». Les exemples de libération de peuples intervenue à la faveur d’un tel processus ne manquent pas dans l’histoire de l’humanité. Cette dialectique les confortait dans leurs illusions.

Quand ils leurs arrivaient parfois de s’interroger sur la fiabilité d’un objectif aussi fuyant, aussi lointain, la confiance chassait le doute. La vie obéit à une logique rigoureuse qui fait que les blocages organisés par les colons pour empêcher l’inéluctable ne pouvaient être que des opérations de retardement.

Ils poursuivaient ainsi leur utopie et misaient sur le fait que la foi soulève des montagnes. Ils vivaient de ce fol espoir, « construisaient des châteaux en Espagne ». Ils rêvaient, mais pour des gars de moins de vingt ans, n’est-il pas permis de rêver ?

Alors que leurs camarades français s’abîmaient dans la lecture des romans policiers et du journal pornographique « Frou-Frou », les contestataires dévoraient les articles de « l’Ikdam », du « Trait-d’Union » introduits clandestinement à l’école. Ces « feuilles subversives » servaient de cordon ombilical qui les reliait au monde extérieur et particulièrement à la communauté islamique d’avant-garde. Ils se nourrissaient d’une ethique qui les mettait en porte-à-faux avec leur environnement…

Page 226 :

A travers un monde en pleine mutation, les ferments de la Liberté bouillonnaient. Le grand souffle du large balayait les relents de la domination étrangère. Les peuples en effervescence exigeaient leur droit à la dignité. Des phénomènes de cette nature, il s’en produit toujours après les bouleversements amenés par les longues guerres.

Le groupuscule auquel appartenait Kaddour, suivait les évènements avec une grande attention et notait tout ce qui pouvait soutenir la conviction de ses membres…

Page 229 et 230 :

Au Maroc, le front oriental et le Tafilalet résistaient toujours à la pénétration française. Les shleuhs déployaient des prodiges d’endurance et de vaillance, face aux sanglantes opérations baptisées de « Pacification » par un étrange euphémisme. Dans la bataille, l’impudence colonialiste n’avait pas hésité à lancer des musulmans algériens et tunisiens contre leurs coreligionnaires marocains. Beaucoup de jeunes gens, recruté à « l’esbroufe », ne devaient jamais revenir de ces expéditions.

Pour le malheur des troupes d’invasion, un acteur inattendu, Abdel Krim El Khettabi, entrait en lice. Le front s’embrassait au Rif, entraînant dans le guêpier Français et Espagnols coalisés. Ce fut une véritable épopée et il ne fallut pas moins de cent mille hommes, sous le commandement du Maréchal Pétain, pour étouffer ce mouvement armé de libération.

A l’Ecole Normale, de vagues indiscrétions rapportaient les échos d’une guerre qui ne disait pas son nom. Insouciants, les élèves maîtres chantaient un air en vogue, inspiré par les évènements et qui commençait comme suit :

« Sous le soleil marocain, je pense à toi, à toi ô ma jolie »…

Drôle de réaction, face à la sanglante conjoncture. Ils ignoraient que sur le terrain, les morts et les blessés se comptaient par centaines. Les informations officielles, conformément à la tradition, amenuisaient les dégâts. Les services spéciaux veillaient et orientaient l’opinion pour l’empêcher de gonfler les chiffres.

Mais Kaddour  était au parfum. Il savait, pour la gouverne de son groupe – les suspects -, que pour la seule garnison d’El Bayadh (Guéryville), un escadron de spahis entier avait été anéanti dans cette aventure. De beaux blonds composaient son encadrement….

Page 231 :

Face à ces bouleversements, les colonialistes français, l’âme en paix préparaient, avec la bénédiction de la « Mère-Patrie », les fastes du centenaire de l’invasion de l’Algérie. Etrange en vérité que l’attitude de cette « Mère-Patrie ». Elle rappelait inopportunément à ses enfants d’aujourd’hui, « les musulmans » qu’elle avait vaincu leurs ancêtres en 1830. L’évènement prenait un caractère de provocation et même les éléments autochtones les plus tièdes se sentirent concernés par l’offense…

Page 232 :

Les colons pavoisaient. Leur indécence ne connaissait pas de bornes. L’un d’eux avait poussé l’originalité jusqu’à baptiser de l’enseigne : « Mon gourbi » une maison de campagne ou plutôt un château qui avait coûté des millions de francs. Tant d’arrogance défiait le bon sens et offensait les véritables occupants des vrais gourbis.

Kaddour incitant l’un de ses camarades français à tempérer cette ivresse et à considérer, qu’un jour, les faits pouvaient se retourner contre eux reçut de ce fils de féodal, cinglante comme une claque, la réponse suivante :

« Mon père m’a dit : Nous sommes ici par la volonté de nos armes. Nous usons et abusons de ce pouvoir pour l’instant. Après nous le déluge ».

Il y avait dans les accents de sa voix une foi de conquistador…

Page 234 :

Contrairement à certains Algériens qui avaient goûté à la culture française, responsable du désarroi qui s’était installé dans leur esprit, le brave peuple « analphabète » n’avait jamais désespéré de sa libération. Il vivait dans l’attente du Mehdi, ce personnage inspiré, chargé de réformer les mœurs et de bouter hors le pays l’engeance étrangère, les usurpateurs « El Kouffar ».

Les récits des hauts faits d’armes des « Premiers » qui transmettaient par voie orale dans les familles, de génération en génération, entretenaient cette croyance. Les vieux connaissaient les péripéties de la lutte et racontaient avec force détails les exploits des héros légendaires. Cela réchauffait les cœurs, soutenait la foi et aidait à attendre avec confiance la manifestation de la volonté divine qui ne pouvait être que favorable aux victimes des exploiteurs.

Dans l’équipe des irréductibles de l’école normale, l’espoir voisinait avec le désespoir. On éprouvait par alternance tantôt l’un tantôt l’autre sentiment.

A voir la force brutale, les complicités et les moyens extraordinaires dont disposaient les colons, leur morgue, c’était le désespoir qui prévalait. Le contexte mondial, par contre, la logique de l’histoire et les nombreux indices annonciateurs de grandes métamorphoses ranimaient le courage et autorisaient l’espoir.

En tout état de cause, on n’escomptait pas la délivrance pour demain. Telle la flamme d’un lumignon, elle vacillait loin, très loin à l’horizon. L’important était, qu’à aucun moment, il ne fallait « détalait » comme on dit, capituler, admettre le fait accompli et faire le jeu des partisans de la démission.

Page 235 :

Résister, résister sans cesse, ne serait-ce qu’en esprit et espérer, car l’espoir fait vivre ; telle devait être la règle du petit groupe à qui il arrivait d’user naïvement de la méthode Coué pour soutenir leur volonté de ne pas abdiquer.

Après tout, il y a un Bon Dieu, pensaient-ils. Ils appliquaient, en somme, l’auguste enseignement d’un hadith du Prophète rapporté par Kaddour. Il l’avait entendu mainte et mainte fois utilisé par les vénérables tolba du sud algérien. Que prescrit-il ce hadith ?

« Quiconque parmi vous constate un abus, qu’il le combatte avec le bras ; à défaut, par la parole. A défaut de l’un et de l’autre, par la prière ».

N’y-a-t’il pas dans ce mot un encouragement à persister et signer ?

C’est dans ces dispositions d’esprit que les conjurés allaient se séparer pour rejoindre chacun un poste d’instituteur, quelque part en Algérie…

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Email : saidjrachid@yahoo.fr
Rachid nous transmet les messages suivants et rend hommage à

Kadda BOUTARENE


cher ami,
voici pour toi un lien sur la guerre d'Algérie :http://masterweb.free.fr
et un autre qui est en rapport avec l'école normale : http://remylaven.free.fr/enib.html
dont le texte m'a laissé pensif et à m'interroger de ce que fut l'ENIB pour les "indigènes" nos aînés qui sont en voie de disparition.
Lit le texte et éclaire ma lanterne.
Je crois qu'il faut créer le plus tôt possible l'association des anciens normaliens.

cher ami bonjour,
Afin de réitérer les interventions de :
M. Abelhamid MEHRI (ancien Directeur de l’Ecole Normale d’Instituteurs de la Bouzaréa)
et de  M. Aissa BAYOUDH (ancien normalien des années 30)
Au cours du colloque consacré à « L’école normale entre le passé et le présent »
Sur :
- Le recrutement au concours d’entrée à l’école normale,
-  la vie de normalien,
- la ségrégation de l’administration vis-à-vis des normaliens appelés à enseigner dans les écoles indigènes et ceux destinés aux écoles fréquentées par les européens ;
- en sus des témoignages de notre doyen monsieur MB DJEBBARI que je salue chaleureusement et à qui je souhaite longue vie,

- et en hommage à. Monsieur Kadda BOUTARENE (écrivain et ancien normalien des années vingt) dont le livre s'intitule :
KADDOUR(2)
Un adolescent algérien à la veille du centenaire de l’occupation coloniale. (Itinéraire rempli d’anecdotes, de faits et de propos saillants rapportés par un adolescent des années vingt du vingtième siècle).
Edition ENAL Alger 1986
dont je t'envoie en piece jointe des extraits de texte de son roman biographique.
Bonne reception
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Tue, 27 May 2008 20:35:00 GMT http://enib3.dzblog.com/article-242343.html
Association des Normaliens http://enib3.dzblog.com/article-241802.html

Pour une association des anciens normaliens


La journée du Samedi 03 Mai 2008 restera mémorable pour des dizaines d’anciens normaliens en pèlerinage à Bouzaréa. Notre ami M. Said  résume pour nous la rencontre : « Nous avons retrouvé le sourire de nos vingt ans. Les photos du blog en témoignent ».

De là est « repartit »  l’idée de création d’une association. Beaucoup  d’amis se proposent pour organiser la réunion de l’assemblée constituante.

Afin de réunir le maximum de camarade et de bien préparer la prochaine rencontre, il est demandé, à tout un chacun, de toucher les amis joignables et de transmettre leurs N° de téléphone et leurs adresses email aux coordonnées du blog qui les regroupera dans une liste à diffuser par email bien sûr.

 

Manifestez-vous le plus possible par vos idées sur le sujet par :

                    Email :                 c_ichir@yahoo.fr

                    Ou par Tél. au :    07.74.18.71.93]]>
Sat, 24 May 2008 15:08:36 GMT http://enib3.dzblog.com/article-241802.html
MB DJEBBARI (Suite) http://enib3.dzblog.com/article-241012.html

Cher Monsieur C. Ichir,

            Merci d’avoir réagi rapidement et positivement  à mon premier message que je devais, quant à moi, compléter aussi rapidement.

J’ai eu une semaine et des journées très chargées comme indiqué ci-dessous :

Du 10 au 11 05 : colloque international organisé par la fondation Mohammed Dib et attribution du prix de même nom (tous les deux ans)

 Du 13 au 14 05 : colloque international organisé par l’Université ABBKR Belkaïd sur la sauvegarde des médinas

Le 15 05 : journée de réunion annuelle statutaire et de retrouvailles organisée par l’ECOLYMET (une association groupant les anciens élèves des anciens établissements secondaires de TLEMCEN)

      Ce n’est qu’aujourd’hui, que j’ai la possibilité de vous écrire. Je m’excuse de ce retard.


Je vous prie de compléter mon premier message par :

1-mon adresse électronique que je vous rappelle : « mbdjebari@yahoo.fr »

2-présentation des livres dont l’auteur est MB DJEBBARI

1er livre : « Un parcours rude mais bien rempli.