Email : saidjrachid@yahoo.fr
Rachid nous transmet les messages suivants et rend hommage à
Kadda BOUTARENE
cher ami,
voici pour toi un lien sur la guerre d'Algérie :http://masterweb.free.fr
et un autre qui est en rapport avec l'école normale : http://remylaven.free.fr/enib.html
dont le texte m'a laissé pensif et à m'interroger de ce que fut l'ENIB pour les "indigènes" nos aînés qui sont en voie de disparition.
Lit le texte et éclaire ma lanterne.
Je crois qu'il faut créer le plus tôt possible l'association des anciens normaliens.
cher ami bonjour,
Afin de réitérer les interventions de :
M. Abelhamid MEHRI (ancien Directeur de l’Ecole Normale d’Instituteurs de la Bouzaréa) et de M. Aissa BAYOUDH (ancien normalien des années 30)
Au cours du colloque consacré à « L’école normale entre le passé et le présent » Sur :
- Le recrutement au concours d’entrée à l’école normale,
- la vie de normalien,
- la ségrégation de l’administration vis-à-vis des normaliens appelés à enseigner dans les écoles indigènes et ceux destinés aux écoles fréquentées par les européens ;
- en sus des témoignages de notre doyen monsieur MB DJEBBARI que je salue chaleureusement et à qui je souhaite longue vie,
- et en hommage à. Monsieur Kadda BOUTARENE (écrivain et ancien normalien des années vingt) dont le livre s'intitule :
KADDOUR(2)
Un adolescent algérien à la veille du centenaire de l’occupation coloniale. (Itinéraire rempli d’anecdotes, de faits et de propos saillants rapportés par un adolescent des années vingt du vingtième siècle).
Edition ENAL Alger 1986, dont je t'envoie en pièce jointe des extraits de texte de son roman biographique.
Bonne réception.
HOMMAGE à Kadda BOUTARENE
KADDOUR(2) Un adolescent algérien à la veille du centenaire de l’occupation coloniale. (Itinéraire rempli d’anecdotes, de faits et de propos saillants rapportés par un adolescent des années vingt du vingtième siècle). Edition ENAL Alger 1986 N.B. : les notes en italique ne sont pas de l’auteur mais du rapporteur pour la compréhension du texte. ((Après des études primaires à El Bayadh (ex Géryville) sa ville natale et des études au Cours Complémentaire de la ville de Mascara Kaddour, orphelin de père, doit affronter les épreuves du concours d’entrée à l’Ecole Normale.)) Page 38 : Le hasard, maître de bien des choses, avait voulu qu’au cours de l’année pendant laquelle Kaddour devait affronter le concours d’entrée à l’école normale, on instituât une nouvelle réglementation en la matière. Jusqu’à ce jour les « Indigènes » se présentaient au « Cours Normal » dont les épreuves se limitaient au français et aux maths. A ce régime le jeune homme du fait de ses dispositions, se serait trouvé beaucoup plus près de l’échec que du succès et il aurait peut-être mordu la poussière. Avec la nouvelle formule, les candidats, sans distinction d’origine ou de confession à égalités de chances se mesuraient lors des examens. Ces dispositions augmentaient les chances de succès du pauvre orphelin. Le grand jour arriva. Les élèves convoqués au centre d’Oran pour composer étaient accompagnés qui de son père qui de sa mère, qui de son maître. Kaddour était seul et il avait le cœur gros… Page 40 : Les moments qui précédèrent le verdict, il les vécut sur la braise. En ces heures fatidiques se jouait son avenir. Il en avait pleine conscience et y faisait face sans pessimisme ni optimisme béat. Lancinantes furent les ultimes minutes. Les cœurs battaient fort et le sentiment de peur culminait. On supputait les chances des uns et des autres. On en était là lorsque apparut sur le perron de l’établissement un Monsieur vêtu de gris sombre, d’une sobre élégance et le visage austère, le Directeur de l’école normale, section indigène. Il tenait une feuille à la main. Aussitôt s’établit un grand silence et tous les regards se braquèrent sur lui. Il donna lecture de quatre noms, celui de Kaddour y figurait. (Sont déclarés admissibles dit-il : Tel, Tel, Tel, Tel). Puis il se tut. On croyait qu’il s’agissait d’une pause. On attendait une suite ; il n’y en eut point… Avant de se retirer, le Directeur avait ajouté : (Les candidats admissibles sont invités à se présenter, à quinze heures à l’école X pour y subir les épreuves orales.)… Page 41 : L’oral ne devait pas être une simple formalité, notre candidat avait pâli en Math pour arracher difficilement la moyenne. Au modeste 10/20 en cette matière il devait par contre opposer un magistral 19/20 en Histoire et Géographie Au résultat final, on eut à déplorer l’échec du quatrième admissible. Il ne restait donc que trois héros, trois rescapés, devrait-on dire, pour représenter la population « indigène » du Département d’Oran, soit le tiers de la superficie du pays. Onze admis au total pour toute l’Algérie… Page 57 : CHAPITRE III L’ECOLE NORMALE DALGER-BOUZAREA ((Après une description de l’école normale, de ses dortoirs et dépendances des études et toutes les formalités d’usage à remplir ; une nouvelle vie de normalien commençait))… Pages60 et 61 : Au bout d’une semaine, l’économe Mr. B. réunit les onze élèves-maîtres indigènes nouvellement débarqués et qu’il appelait chacun par son nom, déjà ! Du jour au lendemain il identifiait tout le monde et ne se trompait jamais. Il devait les menait chez « Dukan »tailleur installé rue Bab El Oued pour les doter d’un trousseau, vrai de vrai, avec des jeux de six chemises de jour, six de nuit, douze paires de chaussettes, douze mouchoirs. On prit leurs mesures pour la confection de deux complets chacun, l’un pour l’intérieur, l’autre pour les sorties. Deux paires de chaussures pour chacun complétaient leur garde robe. En remontant à Bouzaréah, ils débordaient de joie mais ils devaient déchanter quelques jours après quand ils se rendirent compte que les tissus choisis à leur intention ne différaient guère de ceux portés par de vulgaires « troufions ». Les chemises étaient en toile jaune pâle écrue. Pis que cela, les vestes à forme de vareuse militaire les jetèrent dans la consternation après leurs brefs moments d’euphorie. Ils ne pouvaient pas prétendre, par conséquent, porter des cravates aux couleurs voyantes comme leurs camarades européens dont les vestons comportaient des revers. C’était un premier indice spécial qui les marquait au sein de l’école et tout distinguo leur faisait horreur. Ajouté à d’autres sujets de discrimination ils allaient hélas en pâtir pendant de longues années encore. Le comble fut atteint avec le port obligatoire, en guise de tablier, de casaques en tissus gris-fer qui ne dépassaient pas le genou alors que leurs camarades européens arboraient, de beaux sarraux en lustrine noire. Cet accoutrement bizarre les éloignait considérablement de la qualité d’étudiants. On les aurait pris, à la rigueur, pour des palefreniers ou encore pour des internés avec leurs camisoles car, à l’époque sur les cartes de la région, l’école normale d’instituteurs figurait sous le nom d’asile d’aliénés… Page 62 : Kaddour était l’un des plus affectés par ces mesures spéciales prises à leur encontre. Non seulement elles étaient profondément injustes mais elles témoignaient surtout d’un certain mépris à l’égard des Indigènes, ce qui allait accentuer sa propension à la contestation. Bien qu’ayant subi, au concours d’entrée les mêmes épreuves que leurs condisciples européens, ce qui devait leur assurer la parité en tout et pour tout, ils allaient connaître d’autres actes de ségrégation criante et qui paraissait tout à fait naturelle aux yeux des autorités administratives. L’école comportait une « section française » et une « section indigène » lesquelles disposaient de dortoirs et de réfectoires séparés. Si dans ces derniers la séparation pouvait être admise à cause de la consommation de la viande de porc et du vin, dans les dortoirs, par contre, elle perdait toute signification. Qu’est ce à dire ? Les indigènes traînaient-ils des affections contagieuses ? Etaient-ils affligés de vices, susceptibles de contaminer la santé morale de leurs collègues ? Craignait-on de les voir s’emparer des qualités des Européens et leur communiquer leurs tares ? Il fallait le croire... Page 63 : Les élèves-maîtres indigènes, tout au moins ceux de la promotion nouvelle suivaient les mêmes exercices et leçons en classe et fréquentaient les mêmes cours de récréation que leurs camarades européens mais les lois d’une affinité orientée commandaient leurs rapports ; ils se supportaient mutuellement, sans plus. Rarement on les voyait partager le même pupitre, par exemple, ou jouer ensemble même lorsque, le temps aidant, tombèrent les préventions importées de leurs milieux respectifs et qui pouvaient, à la rigueur, justifier ce clivage… Pages 64 et 65 : Comparée aux promotions indigènes précédentes, celle de Kaddour avait de quoi tirer vanité. Les anciens vivaient littéralement en marge de la société au sein de l’établissement, presque en parias. Rudimentaire était leur genre de vie, limités étaient leurs besoins. Même leurs enseignants n’étaient pas de véritables professeurs d’école normale. Aussi, pour leur dispenser une formation au rabais, se bornait-on à faire appel aux meilleurs maîtres de l’enseignement primaire. On les élevait en vase clos selon des normes rigides. Et c’est pourquoi, à leur sortie du « cours normal » ils constituaient une caste spéciale, ce type d’instituteur indigène reconnaissable à son col raide en celluloïd, à son pantalon bouffant et détectable également à sa façon de penser et d’agir. Cassés, modelés pour accepter une situation diminuée, certains d’entre eux en paraissaient satisfaits. Pas tous, fort heureusement. De brillantes exceptions échappèrent à l’engrenage. A force de volonté ils étaient arrivés à se dépouiller de ce complexe d’infériorité qu’on leur avait insidieusement inculqué et qui engendrait une telle docilité. Parlant des années de séjour à Bouzaréa et pour tempérer les critiques acerbes, articulées à leur encontre par Kaddour, un ancien parmi les résignés devait lui déclarer un jour : « Attention ! ne les sous-estimez pas. Ce sont là les trois meilleures années de la vie ». Il visait celles passées à l’école normale. Ce à quoi devait vivement rétorquer le jeune interlocuteur : - Mais vous me tenez là, Monsieur, des propos de miséreux affamés. On y trouve certes de quoi assouvir sa faim ; satisfaire d’impérieux besoins matériels ; mais on ne vit pas exclusivement pour manger et pour boire. Et les autres aspects de l’existence, qu’en faites-vous ? Pourquoi brise-t-on nos ressorts ? Pourquoi nous enferme-t-on dans ce ghetto intellectuel ? Pourquoi ne nous autorise-t-on pas à nous déployer selon nos facultés naturelles et à nous épanouir ? - Il faut savoir accepter certains désagréments et composer avec les contingences, mon ami. - Avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi de ne pas vous suivre dans votre logique. Je ne dispose pas de votre sagesse ». Et le dialogue improvisé marqué par les réflexions exaltées de Kaddour, devait se terminer par cette note ironique. Pages 66 et 67 : A la décharge des anciennes promotions, il faut bien convenir que pour la plupart d’entre les élèves-mètres indigènes, la recherche du manger et du boire était aussi pressante que la quête du savoir, sinon davantage et justifiait dans une bonne mesure toutes ces capitulations. Ainsi pensaient les « Jeunes Turcs » nouvellement admis à l’école normale. Ils refusaient ce régime spécial infligé à leurs prédécesseurs. Ils regimbaient ; ils s’indignaient de la soumission aveugle dont faisaient preuve leurs aînés et ne voulaient à aucun prix endosser les séquelles qui en résultaient. Cette espèce de relégation déguisée leur pesait souverainement pour tout dire et, à quelques exceptions près, le désir d’être comme tout le monde les dévorait. Cette prétention, frappée au coin du bon sens ne devait donc surprendre personne et pourtant… Les camarades français admettaient difficilement cette pseudo-parité. Ils tempêtaient contre les textes qui émancipaient in considérablement des « nativs ». Le regard chargé de mépris de quelques-uns d’entre eux le faisait assez sentir aux intrus qu’étaient les Indigènes. De cette sourde hostilité naissaient des accrochages. Enfantins par moment, ils prenaient quelquefois un caractère violent. C’est ainsi que Kaddour, d’un revers de la main, fendit un jour la lèvre lippe du nommé T. qui avait osé le traiter de « bicot ». Tel un arc, le bras de l’outragé se détendit pour s’abattre sur le visage de l’impudent insulteur. Le sang jaillit abondamment, au point de maculer les vêtements des antagonistes. Il faut ajouter que si la réaction fut si vive, c’est qu’elle était accentuée, inconsciemment, par un sentiment de jalousie, car T. était très fort en maths. Une manière comme une autre de se défouler. Le délit consommé et la preuve flagrante établie, son auteur ne pouvait aucunement se disculper. D’ailleurs il ne chercha point à nier ses responsabilités. Ce qui lui valut une réputation fixée pour le reste du temps à passer dans la « boite ». il devait, par la suite, porter sans complexe le qualificatif de « sauvage ». Mieux vaut être craint que méprisé, disait-il, à ceux qui lui reprochaient sa violence, même si cette violence ne se manifestait qu’à bon escient. Le conseil de discipline se réunit pour statuer sur l’incident. La sanction prévue allait du renvoi de l’établissement, pour une semaine, à la privation de sortie, les dimanches, durant un mois. On lui aurait certainement infligé la peine maximum s’il ne venait du bout du monde, d’El Bayadh (ex-Géryville). L’embarras du jury de l’école, suscité par ce détail et la grosse responsabilité encourue par le Directeur de l’école, en cas d’éviction de l’enfant, firent bénéficier ce dernier des circonstances atténuantes. Il écopa d’un mois de retenue. A l’annonce de la sanction, Kaddour haussa les épaules en souriant et dit : « Pour une claque bien appliquée à la face d’un adversaire arrogant, c’est pas cher payé. Cela me era fiare des économies ; j’en ai besoin ». Sur quoi, la parenthèse se ferma… A l’école normale, à cette époque, on faisait de la préparation militaire supérieure : P.M.S. Les élèves-maîtres français qui le désiraient suivaient des cours dispensaient par des officiers. Cette formation, moyennant un examen de pure forme permettait aux intéressés d’effectuer leur temps légal à la caserne avec le grade d’aspirant… Eh bien, cette option était formellement interdite aux élèves-maîtres musulmans soumis pourtant à la conscription, simplement parce qu’ils étaient indigènes. Imaginez ce que cette situation aurait engendré si, par hasard, un jour l’officier T. devait rencontrer le bidasse Kaddour… En musique, les indigènes devaient s’en tenir à de superficiels cours de théorie et à quelques rudiments de solfège. A cause, semblait-il, de leurs vilaines voix et surtout, en vertu de paramètres établis en haut lieu par de beaux esprits et dont les exécutants, à la base, accentuaient l’inspiration raciste. Aussi étaient-ils exclus des chorales. Les y faire participer eut été leur donner du caviar à manger. Pourtant Kaddour chantait juste ; il avait de l’oreille et quelques uns de ses camarades logeaient à la même enseigne… Page 74 : Encore un détail sur la vie intérieure de l’école. Puéril en soi, il n’en contribuait pas moins à augmenter les ressentiments. Les élèves-maîtres indigènes n’avaient pas le droit au « cahier de conneries ». On appelait ainsi un répertoire que se transmettaient de génération en génération ces futures éducateurs pour être recopié, complété et conservé, comme souvenir de la « boite ». De ce recueil de bons mots, de drôleries, d’humour, souvent les Professeurs et l’Administration de l’école faisaient les frais. Ils touchaient à la vie quotidienne et les auteurs n’étaient autres que les élèves-maîtres eux-mêmes. Une commission sélectionnait ces traits d’esprit. Les indigènes ne pouvaient pas prendre connaissance de ce recueil et encore moins participer à son enrichissement. Tout se passait comme si on les estimait incapables de malice, de facéties et insensibles aux subtilités de l’humour. Ce parti-pris vexant excitait l’envie et la hargne féroce de la promotion des « Jeunes Turcs », des contestataires. Aussi, devaient-ils, par réaction porter leur participation à ce « cahier de conneries » au niveau des choses sérieuses et l’insérer en tête de leur liste de revendications. Les Indigènes vivaient donc sous le régime de la discrimination raciale. Elle portait certes, quelquefois sur des enfantillages. Ils comptaient, cependant ces enfantillages,dans l’esprit des jeunes gens, laissaient des traces et les confirmaient dans la conviction que l’Indigène était considéré comme un être de seconde zone. On leur contestait par exemple jusqu’à l’illusion de vivre une idylle avec une jeune fille française. Heureusement que ces préventions n’influençaient pas les professeurs. Dans l’ensemble ils paraissaient ne pas en avoir et faisaient preuve d’objectivité, étant entendu cependant qu’ils agissaient dans le cadre de règlements eux-mêmes viciés, faussés par des considérations racistes… Page 76 : Le Directeur de la « section indigène » L. prenait séparément les nouvelles recrues pour l’enseignement de la psychologie non en vertu de la satané ségrégation que les élèves redoutaient comme la gale mais en raison de l’existence de ce qu’on appelait : l’enseignement des Indigènes, lequel réclamait des méthodes spéciales valables également pour les cours de pédagogie. Page 109 : CHAPITRE V - LES VACANCES Aux vacances de Noël et de Pâques, l’Ecole Normale se vidait de ses pensionnaires. Ils rejoignaient leurs familles respectives. Seuls demeuraient sur place les Sectionnaires (On appelait ainsi les membres du personnel enseignant de France qui après une année de stage à Bouzaréa étaient appelés à faire carrière en Algérie dans « l’enseignement des Indigènes ») originaires de France et quelques élèves musulmans impécunieux dont Kaddour qui était certainement l’un des plus pauvres. Pendant ce pseudo congé ces espèces de relégués remplissaient leur temps comme ils pouvaient. L’occasion et les caprices leurs servaient de guide.... Aux plaisirs de la lecture qui accaparait une bonne partie de leurs loisirs, s’ajoutaient d’autres qui n’avaient rien ni la même nature ni la même qualité. A leur tête se plaçait la visite de fond en comble de l’établissement et la découverte de choses qui excitaient singulièrement leur curiosité…… Page 111 : Leurs investigations ~ le désoeuvrement aidant ~ les menaient à la bibliothèque, aux laboratoires, à la salle de gymnastique et en d’autres lieux qui avaient chacun des caractéristiques à découvrir….. Les campagnes de reconnaissance entreprises n’épargnaient pas l’économat où les chiffres leurs donnaient une idée sur la manière dont la boîte était gérée. Les bureaux directoriaux eux-mêmes n’échappaient pas à ces incursions. Une visite à celui du Directeur de la « Section indigène », leur fit découvrir, un jour, les dossiers des élèves-maîtres, avec les appréciations de fin d’études portés sur eux par leurs professeurs. Pages 112 et 113 Du coup donc, ils prenaient connaissance de ce qu’on pensait de chacun d’eux… Kaddour n’avait nullement été surpris de trouver sous la plume de T. professeur d’agriculture l’annotation suivante : « Mauvais élève ». Elle était largement compensée par les appréciations des autres, de celle, en particulier de B. professeur de français. Elle devait le gonfler d’orgueil parce qu’elle portait la mention : « n’a pas perdu son temps »… Dans le courant de l’année scolaire, Sectionnaires et Elèves-maîtres indigènes suivaient les mêmes cours de pédagogie parce que les un et les autres, grâce à la méthode directe, devaient enseigner le français à des enfants dont la langue maternelle était l’arabe. Cela justifiait l’existence de « l’Enseignement des Indigènes » parallèle à « l’Enseignement des Européens », ce dernier étant destiné à l’école française classique. Mais ce n’était pas exclusivement le souci de spécialiser des maîtres chargés d’apprendre à parler français à des petits musulmans qui guidait les fondateurs dudit Enseignement. Il s’agissait d’une question de programmes. Ces derniers, à la mesure de l’intelligence algérienne, ne comportaient que les rudiments indispensables pour former de « bons auxiliaires » comme le prescrivaient expressément les instructions ministérielles. Ajoutez à cela le fait que le recrutement des maîtres aptes à l’exercice de ce métier se faisait sans discernement. On y admettait des élèves-maîtres frais émoulus des écoles normales et même des instituteurs issus, les uns et les autres des établissements de France. Attirés probablement par le soleil, l’aventure, le folklore et aussi les multiples avantages attachés à la fonction, ils demandaient à se reconvertir et faire carrière en Algérie. La plupart du temps c’étaient de bons éléments honnêtes, qualifiés et convaincus de l’utilité de leur mission. Jusque là rrien que de très normal mais… on recrutait du personnel « pied-noirs ». C’eût été un demi-mal encore si on opérait un choix judicieux parmi les nombreuses candidatures qui se manifestaient. Mais non ! L’école d’Indigènes devenait un fourre-tout. Pour obtenir un emploi il suffisait, malheureusement pour l’enseignement, de présenter à l’appui de la demande un vague diplôme de Brevet élémentaire. Parmi les élus on trouvait des chômeurs, des curieux, des fantaisistes, d’anciens engagés de l’armée française, des aventuriers de tous genres qui avaient « traîné leur bosse » un peu partout et échoué. Fruits secs, ils se découvraient subitement la vocation de pédagogue. Page 114 : A sa sortie de l’école normale de Bouzaréah, après une année de stage le sectionnaire occupait automatiquement et au moins le poste de Directeur d’une école à deux classes dont une devait échoir à l’adjoint indigène. Quand le Directeur était marié, l’école revenait de plano, au couple. L’épouse répondait rarement aux critères exigés. Souvent le certificat d’études primaires ou un prétendu niveau du Brevet élémentaire lui assuraient la place. Quant à ceux que la responsabilité directoriale n’attirait pas, un poste dans un grand centre d’Algérie leur permettait de couler des jours heureux. Le traitement du Sectionnaire sortant comportait la majoration qu’on appelait le « tiers colonial ». Explicable, acceptable pour le personnel venu d’outre Méditerranée, il ne se justifiait, à aucun titre, pour celui originaire d’Algérie. Et comme par hasard, l’indigène n’en bénéficiait point. Lorsque les instituteurs d’origine indigène sortaient du Cours normal, munis du simple Brevet élémentaire, ils acceptaient peu ou prou de jouer le rôle de second sous l’autorité du sectionnaire, mais cette situation devait amener les jeunes générations pourvues du Brevet supérieur à se colleter avec le Directeur. Très souvent, on mettait fin au différend en mutant l’adjoint à un autre poste…
Commentaires
Pas de commentaire pour cet article
Ajouter un commentaire
E